Personnes vulnérables : « toutes les personnes handicapées, ne sont pas toutes des mendiants » dixit Ouattara Ibrahim

   De manière générale, le handicap désigne l’incapacité d’une personne à vivre et à agir dans son environnement en raison de déficiences physiques, mentales, ou sensorielles. Il se traduit la plupart du temps par des difficultés de déplacement, d’expression ou de compréhension chez la personne atteinte. C’est ainsi que le Burkina Faso a décidé de ratifier la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) le 23 juillet 2009. Cet acte traduit l’engagement de notre pays à garantir et à promouvoir le plein exercice des droits humains des personnes handicapées sans aucune discrimination fondée sur le handicap. A cet effet, au titre des traités relatifs à la protection des droits des personnes handicapées, le Burkina Faso est partie à plusieurs instruments dont on peut citer parmis tant d’autre la Convention no 159 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) concernant la réadaptation professionnelle et l’emploi des personnes handicapées adoptée le 20 juin 1983, ratifiée le 26 mai 1989. C’est alors que nous avons rencontré monsieur Ibrahim Ouatttara handicapé physique, pour  connaître son vécu quotidien, savoir si malgré une situation de handicap, on peut mener une activité génératrice de revenus, pouvoir subvenir à ses besoins de tous les jours ? Savoir si être handicapé est une fatalité ? Tels sont les grands axes de notre interview.

 

Par  Murielle  Ouédraogo.

 

 

Pouvez-vous vous  présentez s’il vous plaît ?

-Moi c’est Ouattara Ibrahima, handicapé physique, et je suis née en 1973. Je vends les jouets éducatifs en bois pour les enfants.

Nous voyons que vous avez perdu l’usage de vos membres, êtes vous nés dans cette situation ?

-Non, selon les parents, je ne suis pas née handicapé.

Racontez nous alors ce qui s’est passé ?

-C’est à l’âge de 4 ans, que je suis tombé malade. Donc je ne suis pas née handicapé. J’avais la poliomyélite. Les parents ont tout fait, ils ont essayé de traiter mais bon. Je pense qu’ils n’avaient pas compris. L’handicap la, l’handicap moteur surtout la, est ce que c’est la peine même de traite sa. C’est ce que je me dis quoi. Parce que quand on est handicapé surtout si c’est due à la poliomyélite, je ne pense pas que sa peut se guérir encore.

Est-ce que vous avez pu intégrer l’école au regard de votre situation et surtout en bas âge ?

-Je suis allé à l’école. J’ai fait l’école jusqu’au CM.

A l’école, comment vous sentez-vous vu votre différence d’avec les autres enfants ?

-Héeeee, dès le bas-âge, je me sentais un peu frusté envers les autres. Ce n’était pas facile mais bon avec le temps, je me suis dit que ça ce n’est rien. L’handicap la, c’est dans la tête. C’est ce que je me suis dit. Et dès que j’ai quitté l’école, j’ai commencé à travailler. Je suis rentrée d’abord dans un centre de formation pendant 05 ans. De la, je suis sorti pour faire les jouets en bois.

Comment était l’ambiance à l’école ? Est-ce que vos camarades se moquaient de vous ?

-Bon, à l’école se moquer de moi, la ce n’était pas facile même de se moquer de moi parce que moi j’étais entouré d’amis qui étaient vraiments chocs. En plus de cela, le directeur était mon oncle direct, cela a fait que j’étais un peu bien entouré. Donc je n’ai rien senti.

Et l’ambiance dans la grande famille ? Et celle de votre petite famille ?

-En famille également je ne me suis jamais senti handicapé. Les parents ne m’ont pas fait sentir que je suis handicapé.

Au niveau de ma petite famille, ce sont les enfants qui constituent souvent le problème. Les enfants eux sont très curieux des fois. Ils te demandent à savoir pourquoi papa tu ne marches pas ? Et dans ce cas, c’est mieux de les expliquer. Il faut lui directement que tu es malade. Il y a une maladie appélée la poliomyélite et c’est dû à cette maladie que je suis ainsi. De la, il a sa dans sa tête, il grandit avec sa et il sait que son papa est malade.

Vous avez affirmé plus haut avoir quitté l’école très tôt. Est-ce due à votre situation de handicape ?

-D’une part c’était due à mon état et d’autre part l’école ce n’était pas aussi comme sa. Dès le bas-âge je me suis mis en tête de faire un travail manuel. Me voir partir à l’école tout le temps, tout le temps, ce n’était pas comme sa quoi.

Et après avoir quitté l’école qu’avez-vous faite par la suite ?

-J’ai intégré un centre de formation juste et rien que les handicapés lorsque j’avais environ 12-13ans. J’ai commencé avec la soudure et j’étais dedans pendant 03 ans. Et après la soudure, le matériel pour s’installer était chèr. Et il y’avait une blanche qui était là, une Allemande, elle s’appelait Cathérine, on était avec elle. Maintenant elle a vu que pour sortir s’installer avec la soudure, sa serait un problème. C’est de là qu’elle nous a peu dévié à faire les jouets éducatifs en bois la. Donc à notre sortie maintenant, on était cinq et on nous a réunis, on nous a installé. Je continue dans un centre qui se trouve à bindougousso et là-bas, on fabrique des jouets et on les vend.

Comment vous vous sentez au centre avec les autres handicapés ?

-Au centre l’ambiance était vraiement bien. Il n’y avait pas de problème comme sa. On s’amusait, on riait, on se taquinait. Juste des petits problèmes par ci, par la, mais c’était de façon passagère. Il n’y avait pas de problèmes.

Pensiez-vous que la société ne vous traitait pas à la hauteur de votre mérite due à votre handicap ? 

-Est-ce qu’il faut mettre en tête, même les personnes valident ont ce problème la. Si tu vas te reférer à tout ce que les gens disent, oubien de la manière dont les autres te regarde la, tu ne vas pas t’en sortir. C’est ce que je me dis quoi. Il faut faire avec, se mettre en tête que l’handicap n’est pas une fin en soi. Ce que les autres font, il faut le faire aussi en bien. Donc le regard des autres la, moi je ne m’intéresse pas trop à sa, j’essaie de bouger.

D’où tirez-vous votre force pour ne pas succomber ou baisser les bras ?

-Depuis l’enfance moi je me suis en tête que je dois bouger comme les autres. L’handicap la, il faut laisser sa. Tu sais que tu es handicapé. Il ne faut pas laisser sa rentrer trop dans ta tête.  Sinon que moi je n’ai jamais compté sur quelqu’un. Dans la vie même, il ne faut jamais compter sur quelqu’un. Mes amis, tout le monde me connaît dans sa. J’essaie de me débrouiller du mieux que je peux.

Et maintenant, quelle est votre activité principale ?

-Je fais les jouets en bois et je continue toujours dans cette activité. Cela fait presque 30 ans maintenant.

Est-ce que vous arrivez à vous en sortir avec cette activité ?

-Arrivés à s’en sortir, oui, mais vous savez, dans toute activité, il y a des hauts et des bas. Au moment des touristes la, avec les jouets éducatifs, la plus part de nos clients sont des blancs, les Africains ne s’interessent pas tellement à sa. Maintenant avec les histoires de terrorisme, Ebola, donc tout cela a fait que le travail est au ralenti. Maintenant sa ne marche plus comme avant. Par exemple chaque année, s’il y avait des expositions, on peut avoir 200.000 francs pour  dix jours, une semaine.

Peut-on être un handicapé, mené une activité génératrice de revenus et pouvoir subvenir ses besoins et ceux de sa famille avec cela sans problème ?

-Très très même. C’est ce que je dis la, l’handicap n’est pas une fin en soi. Si une personne arrive a exercé un metier qui marche bien, on peut vivre de sa et même préparer sa retraite. On peut être handicapé, travaillé, et vivre paisiblement.

Avez-vous des regrets ?

-Les regrets, ça, ça ne finit pas. Par exemple lorsque tu veux quelque chose en haut et que toit ta main n’atteind pas la chose, c’est en ce moment que tu vas sentir que tu es handicapés. Tu as besoin d’appeler quelqu’un pour faire sa. Ce sont ces petits trucs la qui font que….

En voulez-vous à vos parents ?

-Oui et non. Non, parce qu’à son temps il n’y avait pas la vaccination contre la poliomyélite. C’est maintenant que l’on sent cela et la poliomyélite est entrain d’être éradiquer. Avant il n’y avait pas sa, donc je ne les en veut pas.

Non, parce que si je dois les en vouloir, je ne sais pas comment eexpliquer cela. Je pense que ma famille aurait due me protéger encore plus. Peut-être qu’il y a eu une petite négligence à quelque part.

Sentez-vous rejeté par la société ?

-On est marginalisé souvent par la société. Lorsque tu pars dans un endroit, un local, l’accès même pose problème. Et de la tu vas te sentir handicapé. Par exemple losrque tu pars dans un service, le monsieur ou la dame que tu vas rencontrer va essayer de te parler, à première vue déjà, toi tu es classé comme un mendiant. Il y a des gens même souvent arrivés, tu dis bonjour, il va te dire, « Allah masonna » et il ne va pas te répondre aussi. Alors que tu es venus pour des papiers ou bien pour payer quelque chose, la première seulement c’est « Allah ma sonna » vraiment la société nous marginalise comme sa. On a ce problème la. Mais je profite de votre micro pour lancer un appel à la société. Tous les handicapés ne sont pas des mendiants. Il y a des handicapés mendiants, oui, mais pas eux tous. Si vous voyez des handicapés venir dans vos bureaux, dans vos domiciles, il ne faut pas les traiter comme des moins que rien. Il faut souvent les écouter, les respecter comme les autres. Après tout c’est le pied seulement. A toute la société, il ne faut pas faire sa. Moi j’ai à plusieurs reprises vécu cela.

Avez-vous déjà bénéficié de l’aide du ministère en charge de l’action humanitaire ?

-Cela fait 30 ans que je suis dans ce boulot durant toutes ces années, je n’ai eu que 200 000 francs CFA. Vous-même, il faut voir. Vous voyez que cela fait mal alors qu’il save que l’on est la, on travaille. Ils viennent nous voir, ils font des promesses, mais rien du tout.

Votre mot de fin.

-Je lance un appel à toute la société de ne pas dénigrer les handicapés, de ne pas les diminuer, ce sont des être humains comme tout le monde. L’handicap la c’est dans la tête, il peut tout faire. Je demande aussi à tous les handicapés de ne pas tendre la main. C’est trop facile. D’abord la personne verse son honneur à terre. Il faut travailler. Si tu n’as pas de pieds, tu as le plus important : la tête. Cherche à faire quelque chose de deux mains. C’est à partir de la que les autres vont te respecter.

-Et à l’Etat, il faut qu’il tienne leur promesse. Il y a combien d’usines à Bobo ici qui emploient des handicapés ? Il n y a en pas. Il faut faire en sorte que les handicapés travaillent dans des usines publiques, privées. Il ne faut que qu’il reste derrière leur micro pour dire que les handicapés sont ceci ou cela. On a l’impression que le gouvernement veut que nous soyons toujours à tendre la main.

 

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